Promotion de la bientraitance - Prévention de la maltraitance en milieu MCO 

Docteur Michel Schmitt, Médecin-Chef du Département d’Imagerie Médicale,
Hôpital Albert Schweitzer, Colmar
Rapporteur de la mission ministérielle 2010-2011 - La bientraitance en établissements de santé

Loin d’une réflexion stérile, un travail institutionnel sur la Bientraitance et sur la maltraitance, concept connexe mais certainement pas opposé, donne un sens au métier de soignant.
La remise en cause continue des pratiques, l’interrogation sur le « sens » du soin, la valeur de l’Humain et l’engagement professionnel en découlent.
L’humanité de l'accueil et de la relation soignante, le respect de la dignité des personnes accueillies doivent être une priorité qui s’inscrit dans la durée.

Prévenir les maltraitances :

Comment progresser si l’on refuse d’admettre que « cela » peut arriver chez soi ?
Comment avancer si l’on érige en principe que le maltraitant ne peut être que « l’autre »?
Reconnaissons-le d’emblée, sans donner dans une repentance stérile : nous sommes tous maltraitants, d’une façon ou d’une autre.
Assumons cette réalité et travaillons, ensemble, pour nous améliorer !
La maltraitance, définie classiquement comme « mauvais traitements infligés à des personnes dépendantes, sans défense, par des proches ou des personnes chargées de s’occuper d’elles » dont les soignants, se décline en violences physiques, psychologiques, financières ou matérielles, médicamenteuses, violation des droits civiques, négligences active et passive.
Il est des façons plus pragmatiques de classer ces maltraitances que l’on qualifie de « légères » ou « d’ordinaires », comme s’il existait des malheurs moins importants que d’autres,  telles la banalisation, l’indifférence du soignant face à un malade qui se sent devenir « transparent » ; l’ennui et l’inoccupation de la personne soignée ; l’absence voire le refus de communication de soignants ; l’absence de prise en compte de la peur, de la gêne ou du sentiment d’infériorité vécus par certaines personnes soignées et leur famille ; l’isolement des proches non considérés par le « système » soignant ; la « non sécurité » ; la réalisation d’actes non motivés, inutiles, qui ne modifient ni la prise en charge ni le pronostic ; le bruit, l’excès de lumière, le froid, les va-et-vient dans les locaux de soin  ;  plus simplement, l’absence de présence humaine et de bienveillance.
La Loi du 2 janvier 2002 élargit encore le concept, précisant que « la maltraitance peut être acte ou omission, portant atteinte à la vie, à l’intégrité physique ou psychique d’une personne ».
Elle introduit la notion de « maltraitance institutionnelle » résultant du déni du droit des usagers : le « soigné » est un être humain, acteur de sa prise en charge et non un « patient » qui supporte et endure.
Il est Homme dont il faut respecter la dignité et les droits.

Le maltraitant :

La maltraitance peut être le fait de chaque soignant à l’occasion d’une grande fatigue ou d’un « stress », professionnel ou personnel : le maltraitant « ordinaire » se croit lui-même maltraité.
Des causes sont dépistées, liées à des problèmes organisationnels tels le manque de communication, l’absence de culture institutionnelle, la non-définition des postures éthiques et des valeurs fondamentales de la structure, un sentiment de solitude et de mal être ne préparant pas le soignant à être disponible pour le « soigné ».
L’éthique professionnelle et les valeurs humaines animant chaque soignant, obligent à intégrer, au quotidien, le risque de maltraitance. L’analyse des pratiques et leur remise en cause doivent mener, après un travail en groupe associant les usagers et intégrant la logique de filière ou de schéma de prise en charge, à une définition de valeurs communes, partagées et appropriées par l’équipe, et des conduites inacceptables car maltraitantes ; une réflexion sur le respect de l’Humain ; une culture de la parole, de l’échange et  donc de l’écoute ; une prise en compte de la souffrance du soignant, des Droits mais aussi des Devoirs de l’Usager.

Tendre à  la « bientraitance » :

La promotion de la bientraitance ne saurait être isolée mais doit s’inscrire dans une dynamique  collective vers la qualité.

La bientraitance ne se réduit ni à l’absence de maltraitance, ni à la prévention de la maltraitance. La bientraitance, démarche volontariste, situe les intentions et les actes des professionnels dans un horizon d’amélioration continue des pratiques, tout en conservant une empreinte de vigilance incontournable, car il existe une profonde résonance entre maltraitance et bientraitance

La bientraitance : définition et repères pour la mise en œuvre : Recommandations de bonnes pratiques professionnelles. 2008, ANESM

Elle procède de la culture, comprise et partagée, du respect de la dignité et de la singularité des personnes accueillies ; d’une manière d’être des professionnels qui visent à être soucieux de l’Autre ; de la « posture professionnelle » qui doit être définie ; de la valorisation de l’expression des usagers ; d’une démarche continue d’adaptation, d’analyse et de remise en cause des pratiques.
La réflexion sur les valeurs sera codifiée sous forme de Charte Qualité, impérativement déclinée en fiches actions applicables au quotidien (par exemple : dispositif d’annonce du cancer, attente des patients hospitalisés, communication lors d’examens lourds ou invasifs, amélioration des prestations : réduction des délais de rendez-vous, des délais de transmission des courriers et compte-rendu, …) : il faut en effet dépasser la conceptualisation pour passer à l’opérationnel si l’on souhaite être efficace.
Le travail en commun, la communication par les membres de l’équipe, leur valorisation par l’institution, favorisent l’appropriation et la fierté du soignant : les valeurs éthiques redonnent ainsi un « sens » au soin.
Cette démarche, aisément transposable à tout secteur de soin, doit être continue, alimentée sans cesse en projets nouveaux ; tels la rédaction d’une Charte du patient, un travail sur les devoirs du patient, la rédaction de documents visant à informer le public, des actions de communication …

Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse … 


 

Les documents à consulter : 

 

  • Livre paru chez ELSEVIER MASSON : Bientraitance et qualité de vie - Prévenir les maltraitances pour des soins et une relation d’aide humanistes
    Coordonné par Michel Schmitt
    Préface Martine Chriqui-Reinecke
    Pour ce livre, le D r Michel Schmitt s’est vu décerner, par l’académie nationale de Médecine, le grand prix Référence Santé 2014.

 

Alsace - En région - Espace droits des usagers - Ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes - www.sante.gouv.fr

  • Le Docteur Michel SCHMITT a aussi été rapporteur de la mission ministérielle 2010/2011 : la bientraitance en établissements de santé
    http://www.sante.gouv.fr/tendre-a-la-bientraitance-prevenir-la-maltraitance.html

 

 

Promotion de la bientraitance - Prévention de la maltraitance en EHPAD

Docteur Maurice HERTZOG, Médecin-Chef du Département de Gériatrie
Mme Sabine ROST, Cadre de département
L'ensemble des membres du Conseil de la Vie Sociale du Diaconat
 

 

.